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27 mai 2007 7 27 /05 /mai /2007 11:37

A défaut d'avoir pu rencontrer Joel et Ethan Coen sur la Croisette, je me suis délecté à lire la presse assez unanime concernant la quatité de leur nouveau film: les derniers échecs critiques de Ladykillers et Intolerable Cruelty vont vite être oubliés.
Parce qu'il serait dommage de louper l'interview, pleine d'humour (noir), donnée par les deux frangins au Nouvel Observateur, j'ai osé le copier-coller...
C'est long mais c'est bon !





N'est-il pas difficile d'adapter un grand livre, en l'occurrence celui de Cormac McCarthy No Country For Old Men ?

Ethan Coen: Oui et non. Nous sommes restés assez proches de l'intrigue initiale : un chasseur, dans le désert au sud du Texas, trouve des cadavres, des voitures, de l'héroïne et de l'argent. Tout part de là.
Joel Coen: Pour le reste, on s'est débrouillés.

Comment le livre vous est-il arrivé entre les mains ?

Joel:
Il y a deux ans, notre producteur a reçu les épreuves du livre. On l'a lu, et on a aimé. C'était un défi intéressant.
Ethan: Intéressant, oui. L'histoire est belle. On peut la résumer en disant que c'est trois hommes qui avancent en faisant des cercles les uns autour des autres.

Qu'est-ce qui a retenu votre attention ?

Joel:
Euh... c'est... une étrange combinaison de...
Ethan: ... de plusieurs genres. Il y a du roman policier, du western, de l'aventure... Plusieurs codes s'entrecroisent.
Joel: Ajoutez à ça le goût de Cormac McCarthy pour le sang, et vous avez une histoire...
Ethan: ... géante.

Vous connaissiez son oeuvre ? C'est un auteur très discret...

Ethan:
On avait lu SuttreeMéridien de sang et De si jolis chevaux.
Joel: Oui. Il a un style tout à fait particulier : on pense à Faulkner, bien sûr, mais aussi à d'autres
auteurs du Sud. Il y a la présence de la mort, et l'affrontement des hommes, toujours.

Vous l'avez rencontré ? Il est réputé pour être un ermite...


Joel:
Au début, non. Tout est passé par son agent littéraire. Mais finalement on l'a rencontré. On tournait déjà.
Ethan: Il est apparu sur le plateau, il a dit deux mots, il est reparti. Très affable, très discret. Un courant d'air.
Joel: Il est revenu une seconde fois, pffft... Le temps de lui dire bonjour, il était déjà au Texas.

L'univers de Cormac McCarthy est très spécial . Ainsi que son style, d'où la ponctuation est souvent absente...

Ethan:
Il y a des choses que nous avons dû contourner. Son style est intraduisible, il a une façon d'utiliser les mots... Mais il me semble que nous avons trouvé un équivalent dans la fluidité du récit. Nous avons élagué, mais avec discernement.

Vous êtes des spécialistes de l'humour grinçant . Là , le récit est tout sauf drôle ...


Joel:
Oh ! Pas d'accord ! Nous, on trouve qu'il y a des choses drôles. Un type poursuivi parce qu'il a trouvé une mallette avec 4 millions de dollars, c'est amusant, non ?
Ethan: Et même ces massacres extraordinaires qui parsèment tous les livres de Cormac McCarthy, ces bains de sang, si on y pense... ( Rires. )

(Stupéfié) C'est de l'humour, pour vous ?

Ethan et Joel:
Ben... d'une certaine manière... oui ! ( Rires. )

(Ferme) Non, non. Pas drôle du tout !

Ethan:
Faut voir... Mais vous avez raison, au fond ce n'est pas si drôle. Cormac McCarthy n'est pas un comique. Cela dit, il y a des moments où on a ri.
Joel: C'est parce que notre sens de l'humour est... spécial.
Ethan: Spécial ! ( Rires aigus. ) Exact !






Les dialogues, chez McCarthy, ressemblent à de brefs monologues.
Vous avez retravaillé ça ?


Joel:
Assez peu. Il suffit de reprendre le texte. Tout est une question de rythme, pour ponctuer l'action.
Ethan: Nous nous sommes reposés sur les monologues du shériff Bell, joué par Tommy Lee Jones. Nous en avons éliminé beaucoup, mais nous avons conservé la cadence de l'histoire. Nous avons gardé les silences.

L'un des personnages importants de l'histoire, c'est la frontière entre le Texas et le Mexique, présence invisible mais puissante...

Joel:
C'est même le personnage principal, celui qui détermine tout. Les trois protagonistes, le fuyard, le shérif et le tueur, sont constamment à la frontière de quelque chose. Deux cultures, deux pays, deux façons de vivre.
Ethan: La vie, la mort. Le paysage est très important : tout découle de là, de ces paysages du sud-ouest du Texas. Tout devient intemporel : on ne sait pas si ça se passe dans les années 1950, les années 1990... Quelques détails permettent de dater l'action, mais ils sont rares. On plonge dans une sorte d'éternité. C'est presque surréaliste.

Comment avez-vous effectué le casting ?

Ethan:
Tommy Lee Jones était un choix évident. Puis il y a eu Javier Bardem, qui était aussi évident pour le personnage du tueur.
Joel: Il nous a dit : « Je ne sais pas conduire et je déteste les armes à feu... » Donc on lui a collé les deux. On l'aime bien.
Ethan: Josh Brolin, l'acteur qui a le rôle principal, c'est notre Scarlett O'Hara.
Joel: On a organisé une gigantesque traque pour le trouver. On a vu des centaines d'acteurs. Il nous fallait quelqu'un qui soit crédible comme cow-boy.
Ethan: Une présence naturelle. Qui puisse résister à l'attaque d'un tueur qualifié.
Joel: Les trois personnages ont le même poids, comme dans Le Bon, la Brute et le Truand, mais...
Ethan: ... ils n'ont presque pas de scènes ensemble. Trois histoires qui se croisent, mais de loin.

C'est la première fois que vous ne travaillez pas à partir de l'un de vos scénarios originaux. (Ladykillers ???!) Adapter, c'est nouveau...  

Ethan:
On a essayé, autrefois, d'adapter un roman de James Dickey, Là-bas au nord, mais on a abandonné. Trop difficile.
Joel: Nous avons rendu les armes.
Ethan: Mais ce fut un exercice intéressant. Nous en avons tiré une leçon. Structurer une histoire, c'est essentiel. Trouver la colonne vertébrale. Le reste...
Joel: ... c'est de la barbe à papa.

La rencontre entre les Coen Bros et Cormac McCarthy a produit un résultat étonnant. D'ores et déjà, votre film est précédé d'une rumeur très flatteuse...

Joel:
Oui, oui, la rumeur a raison ! ( Ils éclatent d'un rire ravageur. )
Ethan: C'est notre chef-d'oeuvre !

C'est bon pour Cannes, la rumeur !

Joel:
La première fois que nous sommes venus, c'était pour Raising Arizona, nous dormions dans la cave du Carlton ! Maintenant, Gilles Jacob nous envoie des lettres ! Génial !

Vous travaillez sur divers projets, en ce moment ?

Ethan:
 Nous travaillons sur trois scénarios en même temps. Et nous préparons notre prochain film.
Joel: On essaie de mettre un peu d'ordre dans tout ça. Nous travaillons sur Burn After Reading, une histoire de CIA avec George Clooney, disons quelque chose comme Les Trois Jours du Condor si Robert Redford avait été un peu abruti... Puis nous ferons Hail Caesar, l'histoire d'une troupe de théâtre qui se prépare à jouer Shakespeare, dans les années 1920.
Enfin nous avons Gambit, une histoire de vol de statue, avec Jennifer Aniston et Ben Kingsley. On essaie de ne pas mélanger les trucs.
Ethan: On devrait peut-être...
Joel: ... c'est une idée, ça. Ethan: On mélange ? Joel: On mélange !




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commentaires

voyance amour 27/09/2017 16:55

Je trouve c’est article hyper intéressants , des notions de base qui peuvent aider ..
Merci à la personne.

Azazell 07/01/2008 10:38

Une déception que ce "No country for old men", rien à dire sur le jeu des acteurs qui est parfait de bout en bout, mais l'histoire s'égare quelque peu passé l'heure de film, on a du mal à saisir les pensées, états d'âmes et motivations du shériff ( T.L Jones ), qui ont un effet parasitaire sur la traque en question.
une deuxième vision corrigera peut-être l'impression première.

Spazmatazz 27/05/2007 19:08

De moins en moins d'espoir.
Les films politiques vont encore raffler la mise...

Anais 27/05/2007 19:01

Je croise trop les doigts! j'espere qu'ils vont rafler de belles récompenses!